La danse de la réalité - La Danza de la realidad - Alejandro Jodorowsky

La Danza de la Realidad – A Jodorowsky

La Danza de la Realidad est le premier segment de l’autobiographie de Jodorowsky sur les trois prévus. L’artiste y livre une auto-psychanalyse sans compromis de lui-même et de son pays d’enfance, le Chili. Le film démontre une chose : Jodo est toujours un grand poète de l’image et un très bon conteur d’histoire.

Le film mélange faits historiques, décors en carton, fantasmes d’enfants et regard d’adulte sur une période de vie. Ce qui est dingue, c’est qu’on a un très beau film capable de parler à tous alors que le film est très personnel. C’est comme si Jodo soignait devant nos yeux ses blessures du passé. Tel qu’il le dit lui même, il ne s’agit pas d’un film où il aurait mit ses rêves d’enfant mais sa vision de l’homme qu’il est aujourd’hui :

« Fellini que j’admire, je ne le critique pas, il n’a pas changé le passé (dans son film Amarcord auquel on a beaucoup comparé le film de Jodorowsky). Il a gardé son regard enfantin. Moi dans ce film je n’ai pas mis la vision du passé, j’ai mis ma vision, j’ai transformé le monde enfantin…
Le travail pour moi est de guérir l’arbre généalogique. Donner à des archétypes familiers ce qu’ils n’ont pas eu. Quand je leur donne, je me donne. Tout ce que je donne à mon père, je me le donne et je le donne à mon fils, à ma famille. Mon père voulait tuer (Carlos) Ibáñez, je l’ai envoyé tuer Ibáñez. C’était son rêve, je le réalise… Avec toutes les conséquences. Ma mère voulait être chanteuse d’opéra. Mon père à coups de bâton l’a faite devenir vendeuse d’un magasin, dix heures par jour derrière un comptoir. Elle parlait toujours en chantonnant. Alors je l’ai faite devenir chanteuse d’opéra. Je la réalise. Après c’était une femme humiliée, je la fait devenir le maître de l’homme qui l’aplatie. Ce n’est pas le rêve d’un enfant, mais le rêve d’un vieillard… moi. »

Le film est également une satire sociale forte d’une période de son pays. Il y égratigne le fascisme et la figure autoritaire du père (père de l’enfant et président du pays), l’engagement politique, le regard sur la pauvreté…

« Pour moi le passé est un moment où il y a des drames énormes pour l’enfance. Il faut voir ce qu’était un passé. Moi je suis né en 29, c’était la chute du marché américain. On pense que c’était aux Etats-Unis, mais dons mon village et dans tout le nord du Chili 70% des chiliens étaient dans la misère. Ils exploitaient les mines de cuivres avec la dynamite, des membres étaient amputés et on les jetait comme des chiens. Alors ils tombaient à Tocopilla, mon village, et ils se saoulaient. Des alcooliques. Ce que je montre là c’était réel. J’ai vu les mutilés. C’est un problème économique que j’ai vécu dans une crise économique… Jusqu’aujourd’hui, ça a duré 84 années la crise économique. »

En bref, Jodo nous montre dans ce chef d’oeuvre ses regrets, ses envies du passées et d’aujourd’hui, ses rêves perdus et retrouvés…
Telerama résume bien ce chef d’oeuvre :

Citation :
Le film a, en lui, une telle force qu’il emporte sur son passage tous les pièges et tous les dangers. Comme Alejandro Jodorowsky ne ressemble à personne, il réinvente tout. Et surtout ce que le cinéma devrait préserver à toute force : l’audace. — Pierre Murat – Article complet à lire ici 

23 ans que le gus n’avait pas réalisé de film. Vu le résultat, l’attente valait le coup. La bonne nouvelle c’est que deux parties restent à venir !

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