American Psycho – Bret Easton Ellis

bret-easton-ellis_american-psycho« Cela fait des mois que je traîne par là, à la recherche d’une nana convenable, je la découvre au coin de Washington et de la 13e. Elle est blonde, mince, jeune, vulgaire sans avoir l’air d’une poule insortable et, plus important, elle est blanche, ce qui est rarissime dans le coin. Derrière elle, en capitales d’un mètre cinquante, le mot VIANDE, peint en rouge sur le mur de brique d’un entrepôt désaffecté. La manière dont les lettres sont espacées éveille quelque chose en moi.« 

On suit au long du roman une bande de golden boys new-yorkais obsédés par l’argent, la réussite, l’apparence, dénués de toute moralité – et qui ont pour modèle un certain Donald Trump. Bret Easton Ellis choisit de mettre le lecteur dans la tête du plus pervers et du plus horrible d’entre tous, Pat Bateman, qui s’avère être un tueur en série.

Il hait les clochards, les pauvres, les noirs, les femmes, les homosexuels. Et par-dessus tout, il hait ceux qui ont plus réussi que lui.

C’est un livre remarquable, qui parvient à nous mettre dans la peau d’un psychopathe. Le roman est une sorte de fuite en avant à celui qui sera le plus richement vêtu, qui dînera dans le restaurant le plus en vogue, qui connaîtra le plus de personnes – même si c’est de façon extrêmement superficielle puisqu’en général les golden boys sont incapables de se souvenirs des prénoms des autres. J’ai beaucoup aimé ces longues descriptions lorsque Bateman choisit ses habits en récitant les marques prestigieuses et les prix délirants, qui traduisent bien son obsession pour l’apparence. Ainsi que le mépris pour celles et ceux qui se vêtissent de tenues moins luxueuses.

Comme la vie de ceux qu’il décrit, le livre tourne en rond. Il n’y a pas vraiment de progression narrative si ce n’est une descente toujours plus affreuse dans l’horreur (à noter que l’adaptation cinématographique est bien soft comparée au livre). Il faut le dire tout net, American Psycho regorge de scènes d’un tel sadisme qu’il n’est pas facile à terminer et c’est souvent avec crainte qu’on tourne les pages. D’autant que l’immersion nous empêche de prendre du recul.

J’avoue que j’ai failli abandonner en cours de route. Malgré tout, j’ai été fasciné par l’écriture de Bret Easton Ellis et le tourbillon dans lequel il nous emporte. On en ressort avec un sentiment de réalisme et d’irréel. On a l’impression d’être plongé dans un rêve de drogué.

En grossissant les travers de la finance new-yorkaise, Bret Easton Ellis confronte son lecteur à une société déshumanisée, une sorte d’apocalypse sociale où ne demeurent que des individus égocentriques et matérialistes. C’est un livre dérangeant, mais à lire parce qu’il nous fait réfléchir sur la nature humaine et le monde que nous construisons.

 

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