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Magma – discographie

En 1967, John Coltrane un des plus talentueux saxophonistes de jazz meurt. Un de ses jeunes fans, le batteur Christian Vander, se dit alors qu’il est impossible de continuer à jouer du jazz et décide de créer son propre style. En 1969, il fonde Magma.

Magma est un groupe unique. Vander influencé par Stravinsky, Frank Zappa, Soft Machine, Mahavishnu Orchestra ou James Brown va se créer un univers propre en assemblant rock, jazz, opéra, soul et musique contemporaine. Un bien gros bordel de genres en somme qui donnera après coup le mouvement Zeuhl et influencera d’autres groupes qui suivront la voie ouverte : Art Zoyd, Weirdoje, Vortex, Univers Zero et autres Ruins.

Vander, non content de nous pondre une musique improbable y créer aussi toute une mythologie propre. Ainsi les disques de Magma racontent l’histoire d’un peuple extraterrestre : les Kobaïens. Les musiques mettent donc en scène ce peuple issu de la planète Kobaïa et racontent leurs dérives scientifiques, écologiques, religieuses…

De plus, afin de rendre la chose encore plus personnelle, Vander leur invente une langue propre: le kobaïen, mélange de langue slave, germanique et parfois africaine. Elle est censée être une langue organique, ressentie et avoir été présente dans des rêves de Vander. Tout cela donne l’impression que Magma est un groupe unique qui ne souffre d’aucune barrière. Un véritable OVNI musical !

Magma Kobaia

Magma, sacré groupe aux influences si diverses que sa musique fait souvent peur et/ou mal à la tête aux non-initiés… Il faut dire qu’on ne plonge pas dans Magma n’importe comment ! Non, il faut prendre le temps de se poser et de se laisser bercer, envoûter par la musique. Bref, le premier contact peut donc être rude, mais après ça, Magma ce n’est que du bonheur.

L’aventure discographique du groupe commence en 1970 avec la sortie de Kobaïa. Cet album est relativement joyeux et abordable pour le groupe. On lorgne du côté jazz rock pur et ça ne part pas encore dans tous les sens bien que les bases musicales soient déjà là et assez développées. Le premier morceau, « Kobaia », peut faire penser à la musique de Frank Zappa et ses mères de l’invention, même si les deux groupes n’ont pas grand-chose à voir si ce n’est un niveau et une richesse musicale élevés. Ce premier disque, conte la migration de Terriens qui lassés du conditionnement qu’on leur inflige sur Terre partent en direction d’une autre planète : Kobaïa. Après un périple dans l’espace, le morceau « Auraë » nous figure la découverte de la planète. Par la suite on y raconte l’amour, l’exploration de Kobaïa où les monstres dansent des ballets, ou l’on chante et enfin une tentative de communication avec la Terre, toujours aussi malsaine et qui se solde donc par un échec : « Stoah » et « Muh ». Pour conclure, Kobaïa est un album aux ambiances diverses, mais pourtant assez accessible. Premier album du groupe il peut également être une porte d’entrée dans son univers.

L’épopée spatiale continue l’année d’après avec le deuxième album, 1001° Centigrades qui prolonge musicalement Kobaïa. Je trouve les deux albums assez proches musicalement, même si sur ce deuxième opus les morceaux sont beaucoup plus étirés (20 minutes pour le premier puis 10 minutes pour les deux suivants). Les Kobaiens y effectuent un retour sur Terre pour tenter de la sauver. Certains le trouvent encore plus accessible que Kobaïa, il peut donc aussi constituer une première voie d’approche.

Sort ensuite Mekanik Destruktiw Kommandoh, en 1973, un des disques les plus acclamés de Magma, son chef-d’oeuvre pour une partie des fans. La richesse musicale y augmente peut-être d’un cran c’est vrai, en tout cas les musiques et les genres se mélangent toujours plus… Du real Magma si chose dire. Ce n’est, par contre, pas forcement celui à choisir pour faire connaissance avec le groupe sa richesse pouvant être difficile à aborder pour les non-connaisseurs.

« Cette oeuvre, créée en toute humilité, retrace l’histoire d’un humain qui, un jour s’adressa à tous les terriens en leur expliquant les raisons pour lesquelles ils doivent disparaître de la terre. »

Nebehr Güdahtt prophète Kobaien donne un avertissement à l’humanité et seul ceux qui feront effort pour acquérir la sagesse seront sauvés. MDK est aussi le troisième mouvement d’une oeuvre plus grande : Theusz Hamtaahk. Vander décide en effet d’enregistrer le mouvement de fin en premier. Les deux autres mouvements de Theusz Hamtaahk sont: Theusz Hamtaakh que l’on peut écouter sur l’excellent Live à la BBC London de 1974 et Wurdah Itah qui servira aussi de bande son au film Tristan et Iseult de Yves Lagrange. Pendant l’enregistrement de MDK, Vander fait la rencontre de Mike Oldfield qui se préparait lui à enregistrer Tubular Bells. A la sortie de l’Exorciste, Vander trouvera que Oldfield lui a piqué certaine des mélodies qu’il avait joué devant lui, et plus particulièrement des extraits de Mekanik et de « La Dawotsin ». Furieux, il décide que plus rien ne doit ressembler à Mekanik Kommandoh et se tourne vers l’élaboration d’une autre ouvre : Kohntarkosz.

Magma

En 1974, sort donc Köhntarkösz, deuxième mouvement de l’oeuvre du même nom dont le premier, Köhntarkösz Anteria, ne sera enregistré que 30 ans plus tard. Vous suivez ? Avec Köhntarkösz, tel que suggéré plus haut, la musique de Magma se tourne vers d’autres horizons. Pour autant Magma reste Magma et l’on retrouve certaines caractéristiques du groupe, même si cet album plus devient plus « planant » et moins « je pars et explose dans tous les sens ». Vander fait la description suivante de ce deuxième acte:

« Un jour, un homme appelé Kohntarkosz découvrit la tombe d’un ancien maître égyptien, Ëmëhntëhtt-Rê, qui avait mystérieusement disparu à son époque. Il fut tué alors qu’il était sur le point de détenir le secret de l’immortalité. Kohntarkosz pénétra dans sa Tombe et arriva devant la porte funéraire. Ici, il entendit la musique des anges. Alors qu’il ouvrit la porte, la poussière qui s’était accumulée là depuis des générations l’envahit, et il eut une expérience mystique: il vit la vie entière d’Ëmëhntëhtt-Rê. Il s’évanouit, et découvrit en songe tous les secrets qu’Ëmëhntëhtt-Rê avait atteints. Quand il se réveilla, il ne se souvenait de rien, à part quelques bribes qu’il essayé de rassembler, pour tenter de reconstruire l’héritage d’Ëmëhntëhtt-Rê. »

Pour ce disque, encore plus que pour les précédent, il faut prendre véritablement le temps d’écouter. En effet, le disque parait construit comme un seul et unique morceau. Le terme mouvement convient donc parfaitement. L’ambiance de l’album monte et descend, en suivant le cheminement de Kohntarkosz. Avec des montées finissant en explosions de sons qui figurent les moments forts de l’histoire, comme pour le final illustrant le rêve et le réveil. Kohntarkosz est un très bel album et, pour peu que vous soyez prêts à prendre votre mal en patience, il reste assez accessible.

magma-udu-wudu

Avec l’album suivant Udu Wudu, sortit en 1976, le groupe renoue avec des morceaux plus courts. Le début de l’album est également assez enjoué. Par contre, les deux morceaux de fin, « Zombies » et « De Futura » sont beaucoup plus glacials… Pourtant, après plusieurs écoutes, ils deviennent plus sympas, toujours un peu froids, mais avec des montées en transe assez géniales. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont devenus des pièces maîtresses en concert.

On poursuit avec Attakh, parut deux ans plus tard, axé lui aussi sur des morceaux courts. L’album s’ouvre par un morceau assez rock que j’affectionne particulièrement: « The Last Seven Minutes », ce genre de musique jazz rock où ça sautille dans tous les sens étant assez jubilatoire. Et puis on a le droit à une voix relativement plus énergique que d’habitude qui n’est pas pour me déplaire. Attakh est un album très sympa, ou l’on a l’impression que la composition a été moins prise de tête, ce qui n’est pas forcément plus mal, à l’image du morceau « Lirik Necronomicus Kanht » assez foufou.

Magma KA

Par la suite Magma se mettra en pause un certain temps, Christian Vander s’occupant d’autres projets. Il faut donc attendre la fin des années 90 pour revoir le groupe sur scène et 2004 pour l’album suivant : Köhntarkösz Anteria, appelé également K.A, premier mouvement de Köhntarkösz. K.A raconte « la jeunesse tourmentée de Köhntarkösz en quête de sa destinée » et alors que « la providence guide déjà ses pas ».
Cet album est assez semblable à Köhntarkösz dans le ton et l’esprit, et se pense aussi comme un seul et unique gigantesque morceau. Mais sur K.A peut-être encore plus que sur Köhntarkösz, les montées, breaks, solos, s’enchaînent magnifiquement. Les chœurs sont sublimes, on navigue sur une musique très belle qui arrive à fusionner opéra et transe. Le début du troisième morceau commence par un solo clavier/batterie assez dantesque. Un album à écouter absolument !!! Mais lorsque vous aurez 45 minutes devant vous. Il représente en tout cas à mes yeux une odyssée musicale assez incroyable.

En 2009 le groupe sort Ëmëhntëhtt-Rê qui conclut enfin l’oeuvre sur Köhntarkösz. Ce dernier album comte ce qui s’est passé bien avant K.A, puisqu’il nous présente la destiné de Ëmëhntëhtt-Rê que Köhntarkösz a vu lorsqu’il a ouvert son tombeau. Le début de l’album présente de la musique déjà jouée de nombreuse fois en live ou sur d’autres CD, mais ici bien réajustée. On retrouve par exemple « Zombie » d’Udu Wudu, ce qui nous laisse entrevoir la funeste fin d’Ëmëhntëhtt-Rê… Sur le papier cet album est assez génial, surtout qu’on y trouve la présence de Benoît Alziary au vibraphone, instrument qui s’incorpore sublimement dans la formation. Seulement, sur l’album les passages les plus forts ont été coupés, et les voix sonnent quelques fois comme du Era, ce qui le rend un peu moins percutant que les opus précédant… Cet album fut donc une petite déception à sa sortie, néanmoins en annonçant des changements futurs il reste un élément important de la discographie de la formation.

Félicité Thösz suit en 2012. Il présente un morceau que Vander commence à composer en 2001 et qu’il mettra huit années à finaliser. Relativement court, l’album est une sorte de condensé des réalisations du groupe tout au long de sa carrière, en plus limpide. C’est d’ailleurs ce qui peut dérouter lorsque habitué au Magma des années 70 on écoute pour la premières fois des albums plus récents tels qu’Ëmëhntëhtt-Rê qui amorçait déjà cette recherche de fluidité et de renouveau. Félicité Thösz permet aussi de se rendre compte du processus de composition de Christian Vander qui admet écrire les morceaux avec piano / voix, dont l’importance est ici cruciale. C’est peut-être l’album par lequel commencer si on souhaite découvrir les dernières sorties du groupe. Rïah Sahïltaah parait ensuite en 2014. Il s’agit en réalité d’un ré-enregistrement du morceau déjà présent sur 1001° Centigrades, mais dont Vander n’était pas satisfait de l’arrangement.

Dernièrement, le groupe a sorti Slag Tanz en 2015. Lui aussi assez court, une vingtaine de minutes, il correspond à la face sombre de Félicité Thösz. En effet, on découvre dans cet album la même recherche de fluidité mais ici au service d’une musique plus lourde et métallique.

Magma groupe

Enfin, pour ceux qui voudraient découvrir Magma, la meilleure approche reste surement d’aller les voir en concert, le groupe étant encore, après plus de 45 ans d’existence, un monstre en live. Les plus flemmards peuvent se rabattre sur la série de DVD Mythes & Légendes : Epok (5 coffret) qui permet de (re)découvrir les albums du groupe dans des versions live, enregistrées en 2005 (I à IV) et 2011 (V) au Triton. Le DVD MAGMA Ëmëhntëhtt-Rê : Trilogie disponible depuis le début 2017 sur le site du groupe, nous livre lui la fameuse trilogie, toujours jouée sur la scène du Triton en 2014. Ce DVD contient une interview de presque deux heures de Christian Vander très intéressante pour les aficionados du groupe. On conseillera également le livre Magma : décriptage d’un mythe et d’une musique de Philippe Gonin, paru aux éditions Le Mot et le Reste, pour ceux qui voudraientt faire le voyage bien accompagnés.

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