Torchwood

Doctor Who est une série profondément anglaise, familiale, drôle, mais qui a aussi des difficultés à s’exporter vu son univers de science-fiction décalé. Les producteurs, dont Russell T Davies, ont donc décidé, avec le spin-off Torchwood, de créer une série plus américaine, plus directe et s’adressant à un public de jeunes adultes. Emblématique personnage principal : le capitaine Jack Harkness, qui au-delà d’être immortel (cf ses premières apparitions dans Doctor Who) est alternativement gay, hétéro voire alienophile. Bref, il y aura davantage de sexe, de violence et de préoccupations sociales actuelles.

Torchwood commence par deux saisons plaisantes mais dispensables, qui se déroulent épisode par épisode avec un arc narratif limité, un peu dans le genre du début d’X-Files. C’est un bon divertissement, mais on n’en retient pas énormément. Si Torchwood a néanmoins beaucoup d’intérêt à mes yeux c’est grâce aux saisons 3 et surtout 4 qui renouvellent totalement la série et constituent une science-fiction de bonne facture. Bien sûr, avoir vu Doctor Who et les deux premières saisons est un plus pour comprendre pleinement la suite, mais ce n’est pas indispensable.

La saison 3 (2009) amorce un virage vers plus de maturité. Les épisodes s’allongent, adoptent un ton plus dramatique, et se suivent pour former une histoire. Les enfants de la Terre se mettent à parler étrangement et l’on se rend compte qu’ils servent de canal de transmission pour des aliens. Cette saison souffre encore de certains défauts mais se laisse regarder (5 épisodes). Sa brièveté crée malheureusement un traitement un peu superficiel de l’histoire, mais elle amorce surtout un tournant pour la série.

torchwoodC’est la saison 4 (2011) qui achève la métamorphose. Un arc narratif de 10 épisodes de 50 minutes au scénario passionnant : soudainement les humains ne meurent plus. Ce qui est considéré le premier jour comme un miracle se révèle très vite une terrible malédiction. Car l’abolition de la mort entraîne la surpopulation et l’abondance de malades que l’on ne peut soigner mais qui ne peuvent mourir – la douleur restant bien présente.

En bonne SF, le scénario s’attache à imaginer les répercussions sociales et politiques d’un tel événement. Elle aborde le rôle des prêcheurs télé, des communicants, des gouvernements, des labos pharmaceutiques… en créant pour cela des seconds rôles admirables, notamment celui de Bill Pullman, condamné à mort dont la sentence ne peut être accomplie. Et bien entendu une enquête type thriller à la recherche du ou des responsables de cette catastrophe.

Cette saison de Torchwood, avec son ambiance glauque et fataliste, nous invite à réfléchir à la fragilité démocratique et au pouvoir incroyable de la télévision. Je regrette personnellement une certaine américanisation du show qui fait perdre un peu de l’humour absurde anglais qui caractérisait Doctor Who comme les débuts de Torchwood, mais cela en ravira d’autres. C’est en tout cas une illustration parfaite de la différence de traitement d’une même série quand on la veut anglaise ou américaine.

Ironie du sort, si le retour de Doctor Who en 2005 aura finalement un succès quasi planétaire, Torchwood, voulu davantage mainstream à l’origine, ne trouvera pas vraiment son public et s’arrêtera après 4 saisons. Il faut dire que le changement brutal d’ambiance et de réalisation au milieu du show n’aura probablement pas aidé. La série laisse néanmoins deux saisons finales d’une bonne qualité.

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