Monte Hellman – Two-lane Blacktop

Two-lane Blacktop (Macadam à deux voies, 1971) est un road-movie de la contre-culture américaine dans lequel on suit une bande de jeunes qui parcourent la Route 66. A l’envers.

La distribution principale pose le cadre : Dennis Wilson (le batteur des Beach Boys) et James Taylor (le chanteur de folk alors dans sa période hippie), rejoints par les acteurs Warren Oates (La Horde Sauvage, L’homme sans frontière, Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia…) et Laurie Bird. Pour les deux musiciens il s’agit de leur seule contribution cinématographique, et c’est le premier rôle de Laurie Bird.

Deux « pilotes » automobiles vivent sur la route, à bord de leur Chevrolet 1955 trafiquée pour la course de dragster clandestine. Ils vont de ville en ville pour défier d’autres coureurs et se faire quelques billets. A Flagstaff, Arizona (un arrêt célèbre de la Route 66), ils embarquent une auto-stoppeuse qui ne sait pas où elle veut aller. Puis ils font la rencontre d’un autre coureur menant la même vie de nomade, à bord d’une Pontiac GTO.

Ils ne vont pas vers la Californie, la terre de l’espoir des années 60, mais remontent la Route 66 vers l’Est. On a du mal à trouver le moindre sens aux protagonistes mutiques, dépourvus d’émotions – et même de noms. La bande son est davantage structurée autour des rugissements de moteurs que des dialogues.

Two-lane Blacktop symbolise la fin du rêve hippie et de l’idéalisme des années 60, c’est l’ère de l’absurde et du vide représentée ici par une course automobile sans fin. Avec ses personnages sans nom et son histoire sans temporalité, le film pourrait évoquer une pièce de Beckett. Il n’y a plus ni volonté de changer le monde, ni communauté, mais des individus abandonnés à leur solitude et à leurs angoisses.

Leur voiture elle-même est emblématique. La Chevrolet 55 était une voiture rutilante, colorée avec de larges chromes. Rien de tout cela sur leur version d’un gris morne. Elle est aussi inexpressive que les personnages.

Dans leur errance, ils prendront en stop toute une palette d’Américains, un cowboy gay, une vieille femme qui se rend au cimetière, un Texan ventripotent… un portrait glacial des Etats-Unis.

Réalisé par Monte Hellman, Two-lane Blacktop présente une certaine proximité avec les films de la Nouvelle Vague en France, passez votre chemin si Rohmer vous insupporte. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé ce tableau d’une génération américaine perdue, sans direction ni rêve autre que la route. « No Future », avec quelques années d’avance.

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