Terrence Malick – Song to song

Les films récents de Terrence Malick déclenchent chez moi des réactions presque schizophréniques, j’ai plusieurs voix dans la tête qui me disent « j’ai adoré » et « j’ai détesté ». Dans cette histoire d’un trio amoureux, qui se déroule sur la scène rock d’Austin, au Texas, les personnages sont en quête de succès personnel, social et musical.

Le film dégage une forte impression d’artificialité. D’abord parce qu’il est conté par voix off interposée – la particularité de Malick – mais aussi du fait de ses décors, de ces immenses maisons vitrées et de son lien décousu à l’univers musical, avec des apparitions absurdes d’Iggy Pop, Val Kilmer et Patti Smith. Song to song, sorti en juillet 2017, est une réalisation plastique dont on ne sait trop quoi penser à la sortie du cinéma.

Song to SongLa longueur du film le rend vertigineux et troublant. Séduction, trahison, amour et paranoïa. Beaux plans et beau montage. La narration par la voix off, en phase ou en décalage avec les images, constitue la marque de fabrique, et il faut bien avouer que cela fonctionne. On ne peut que saluer aussi les trois acteurs principaux Ryan Gosling (BV), Rooney Mara (Faye) et Michael Fassbender (Cook).

Et pourtant Song to song semble ployer sous son propre poids. Trop d’esthétisme, trop d’incohérence, trop de lourdeurs. Le film tourne en rond, et des images ou des réflexions qui au début paraissent intéressantes finissent par devenir insupportables à force d’être répétées.

On ne comprend pas trop ce que Malick a voulu faire. Pourquoi utiliser l’univers du rock pour faire le portrait de protagonistes aussi chics ? Pourquoi prendre pour trame une histoire aussi banale qu’un trio amoureux, à laquelle on peut s’identifier, et recruter des acteurs si beaux et grandioses qu’ils repoussent l’ensemble dans le domaine du fantasme?

Je n’y ai pour ma part pas retrouvé la force des anciens films de Terrence Malick. Song to song, aboutissement des deux précédents opus, demeure une oeuvre cinématographique à part, une expérience à avoir, mais à laquelle il est difficile d’adhérer. Une comparaison me vient avec David Lynch. Les deux réalisateurs n’ont en commun que d’avoir un univers très particulier, immédiatement reconnaissable, mais ce n’est pas forcément dans la logique jusqu’au-boutiste qu’ils sont les meilleurs.

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