Iain M Banks – le cycle de la Culture

La Culture est une immense communauté humaine, à l’échelle de la galaxie, tolérante, pacifique, sans loi, sans argent et sans autorité, elle a en grande partie confié son avenir à des intelligences artificielles qui disposent d’un statut de citoyen à l’égal des hommes. Sa technologie dépasse l’entendement et a vaincu la maladie et la souffrance. Son économie abondante permet de satisfaire tous les besoins et a donc éliminé la criminalité.

La Culture a défini le bonheur comme l’hédonisme individualiste et regarde de haut le reste de la galaxie. La Culture ne mène pas de guerres à proprement parler. Elle ne conquiert pas ; elle assimile, digère et intègre les autres civilisations.

La Culture dispose donc de son service secret et diplomatique, la section Contact, qui réalise le sale boulot, loin des yeux du reste de la population qui ne veut rien savoir. « Contact » évangélise, accompagne, voire force l’évolution des autres civilisations vers l’idéal de la Culture.

Le cycle de la Culture est composé de trois œuvres principales, chronologiquement : Une forme de guerre, L’homme des jeux (sans doute le plus marquant) et L’usage des armes. On peut lire ces trois livres dans un ordre indifférent puisqu’il n’y a pas de lien chronologique, néanmoins je recommande de commencer par L’homme des jeux, par ailleurs un incontournable pour les amateurs de jeux de société.

Iain M Banks semble projeter dans le futur l’Occident moderne, particulièrement l’Europe, avec ses idéaux nobles et ses travers. Il montre une société parvenue à un aboutissement moral, technologique, social et personnel. Une société qui pourtant, au travers de la section Contact, se montre aussi cynique et manipulatrice. Elle s’étend par une forme de soft power technologique, culturel et nébuleux. La Culture est aussi incomprise par l’extérieur, elle semble absurde et elle est parfois violemment combattue.

Le tour de force de Iain M Banks est de ne jamais situer ses romans au sein de la Culture. On suit toujours des personnages à la marge, des espions, des diplomates, ou bien ses ennemis. C’est par leur regard qu’on finit par comprendre, envier et détester la Culture. Ce décalage permet de nous regarder de l’extérieur.

Le cycle prend bien sûr un aspect de space opera avec son lot de péripéties, de personnages attachants et de batailles spatiales, mais développe un puissant questionnement philosophique, qui nous interpelle, nous Européens. Vers quoi allons-nous ? Pourquoi notre société fait-elle rêver à l’étranger, et pourquoi peut-on nous détester ?

Les romans, admirablement écrits, peuvent aussi être franchement drôles. Ils sont captivants et ont plusieurs niveaux de lecture, notamment pour L’usage des armes. Le cycle de la Culture ne laissera pas les amateurs de science-fiction indifférents. Dans un genre littéraire qui a été en partie dominé par les Américains, Iain M Banks me semble apporter un questionnement plus typiquement Européen sur le devenir de l’Occident et de ses valeurs.

Comment ne pas voir des liens évidents avec notre époque lorsque la Culture se retrouve plongée dans un combat qui l’oppose à une civilisation ultra religieuse « radicalisée » (Une forme de guerre), ou lorsqu’elle manipule politiquement des Empires voisins (L’homme des jeux) ?

Si la trilogie vous plaît, sachez que Iain M Banks, jusqu’à sa mort en 2013, a publié par la suite de nombreux autres livres qui continuent le cycle de la Culture.

« Le mot répugnant est faible pour décrire ce que je ressens à l’égard de votre précieuse Culture. Vous ne connaissez ni la gloire, ni la fierté, ni la notion de culte. Vous détenez un certain pouvoir, mais vous n’en resterez pas moins des impuissants. Et vous le serez toujours. Les êtres humbles, pitoyables, apeurés, lâches… »

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