Maurice Druon – Les Rois maudits (1955)

« Robert d’Artois avait mis le feu à l’Occident du monde, sa tâche était achevée »

Il y a longtemps, j’ai été marqué par les deux adaptations télévisées des Rois maudits, de Marcel Jullian (1972) et de Josée Dayan (2005). Si la deuxième a été décriée, il n’empêche qu’en lisant les bouquins, j’imaginais toujours Mahaut d’Artois sous les traits de Jeanne Moreau.

Chez un bouquiniste normand, j’ai fini par acheter les 7 tomes des Rois maudits, publiés entre 1955 et 1977 par Maurice Druon, aidé d’une armée de contributeurs.

Maurice Druon entremêle réalité historique, fictions et légendes pour raconter la période du royaume de France – de Philippe le Bel à Jean II le Bon – et dans une moindre mesure celle d’Angleterre, qui se conclura par la Guerre de cent ans.

Tout commence lorsque Philippe le Bel décide de s’en prendre aux Templiers. Le dernier Grand Maître, Jacques de Molay, prononce alors une malédiction touchant le Roi et ses descendants. Scène mythique, sur le bûcher il s’écrie : « Maudits ! Soyez maudits jusqu’à la 13e génération de vos races ! ». Et de fait aucun des fils de Philippe le Bel ne régnera longtemps ni n’aura d’héritier mâle, plongeant la France dans de difficiles successions.

On comprend vite pourquoi Martin, l’auteur de Game of Thrones ne tarit pas d’éloges sur les Rois maudits : les ressorts sont identiques. Intrigues de cour, complots, assassinats, rivalités entre grands seigneurs, luttes de pouvoir entre conseillers occultes, champs de bataille, ascension et chute des héros, retournements d’alliances, le tout mâtiné d’un peu de surnaturel. Autre ressemblance : la profondeur des personnages, que l’on suit alternativement. On est loin des clivages manichéens. Dans le conflit cruel qui irrigue toute la saga entre les terribles Robert et Mahaut d’Artois, on aime et on déteste les deux camps. Sur leur lit de mort, les plus sanguinaires des barons nous apparaissent finalement pathétiques ou sympathiques.

Entre scènes d’action et joutes oratoires, les 7 tomes se lisent facilement, même à notre époque. L’écriture reste plaisante (on sourit à certaines expressions hors d’âge comme « l’envie de gueuser les démangeait » ou « chercherais-tu à me truffer ? »), le style est direct, au moins dans les premiers tomes, le récit s’allonge et digresse davantage dans les derniers.

Au rayon des romans historiques, la fresque de Druon est magistrale. Je n’ai pas vu le temps passer en lisant. Les 7 tomes achevés, vous attendrez patiemment que l’un de vos proches se décide enfin à vous interroger sur le règne de Louis X le Hutin pour pouvoir étaler votre science.

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