James Ellroy – le quatuor de Los Angeles

J’ai moissonné l’horreur pour en tirer profit.

J’ai repoussé plusieurs fois le moment où j’allais parler d’Ellroy pour moi l’un des plus grands écrivains américains. Et particulièrement du « quatuor de Los Angeles » composé du Dahlia noir (The Black Dahlia, 1987), Le Grand Nulle part (The Big Nowhere, 1988), L.A. Confidential (1990) et White Jazz (1991). Plus récemment, Ellroy a démarré un second quatuor avec Perfidia (2015) qui se situe chronologiquement avant les 4 premiers, mais attention il est impératif de lire la saga dans l’ordre de parution.

Le premier quatuor commence en 1947 lorsque l’on retrouve le corps d’Elizabeth Short, le Dahlia Noir, coupé en deux, torturé et vidé de son sang. Le second remonte à 1941 et débute avec Pearl Harbor.

A partir de ses propres démons, James Ellroy a réécrit l’histoire de Los Angeles des années 50 pour en faire l’histoire générale de l’Amérique. Il utilise Hollywood, sur une colline de Los Angeles, le symbole même de la culture flamboyante américaine pour décrire un monde noir, violent et terrifiant. Ellroy est pour l’Amérique une sorte d’antéchrist iconoclaste qui prend plaisir à renverser les symboles, briser les mythes fondateurs, fracasser les héros populaires mais également à renverser les codes habituels de la littérature.

L’Amérique n’a jamais été innocente, parce qu’elle s’est construite sur des meurtres. Sur l’accaparement des terres. Sur le désir de liberté de personnes qui fuyaient les persécutions en Europe et qui ont massacré à leur tour celles et ceux qui vivaient sur cette terre

Il écrit debout. Il utilisera les termes les plus racistes dans la bouche de ses héros pour parler des Noirs et les mots les plus crus s’agissant du sexe ou de la drogue. Son style d’écriture, fiévreux, évolue lentement, se faisant de plus en plus décapant et véhément.

Au cœur de ses ouvrages, il y a la beauté absolue de ses personnages. De roman en roman, on suit un nombre incalculable de personnes, toutes uniques, toutes attachantes ou repoussantes, souvent les deux – à l’image de l’auteur lui-même. Ces habitants des livres d’Ellroy sont profondément humains, faillibles, honnêtes, pervers, amoureux, destructeurs, ils sont aussi capables d’aller au bout d’eux-mêmes, avec courage et de provoquer de terribles déflagrations.

L’obsession d’Ellroy est une sorte de voyage chaotique dans la profondeur de l’âme humaine, syncopé par des rythmes de jazz. Il mêle fiction et faits réels – lui-même, après le meurtre de sa mère, a connu une rude jeunesse dans les ruelles de Los Angeles, entre drogue et délinquance.

La lecture de la saga de Los Angeles d’Ellroy – pour peu que l’on dépasse le Dahlia Noir qui n’est pas le meilleur tome – est captivante, passionnante et laisse épuisé. L’écriture frénétique de White Jazz demande une attention soutenue. On refuse de lâcher Le Grand Nulle Part tant qu’on n’arrive pas à démêler les fils de cette affaire brutale et complexe. C’est une expérience à vivre absolument pour tout amateur de série noire, de romans psychologiques et de thrillers. Elle s’apparente à un coup de poing qu’on prendrait en pleine gueule.

Le Dahlia Noir est un fantôme, une page blanche qui exprime nos peurs et nos désirs. Une Mona Lisa de l’après-guerre, une icône de Los Angeles

Je recommande enfin d’enchaîner la lecture du quatuor pour avoir une réelle plongée dans l’oeuvre d’Ellroy et saisir l’intrication des histoires et des personnages dont un certain nombre (Dudley Smith…) hantent littéralement la saga.

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2 réflexions sur “James Ellroy – le quatuor de Los Angeles

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