Twin Peaks David Lynch

Twin Peaks (1990-2017)

Pour moi, la condition de fan de Twin Peaks se résume dans cette petite scène de la saison 3. Sans dévoiler l’intrigue, le sergent Hawk est invité à rechercher « quelque chose qui manque » dans l’enquête des deux saisons précédentes. Il étale donc sous les yeux du spectateur tous les dossiers d’enquête, tant de mystères restés insolubles pour les personnages comme les fans. On lui propose alors « c’est peut-être le lapin en chocolat qui manque dans la boîte ». Le sergent se braque : « it’s not about the bunny ». Puis il prend un temps de réflexion. Tout est si étrange à Twin Peaks, alors après tout… « is it about the bunny ? ».

C’est une scène assez typique de la série, sérieuse et ridicule, qui illustre à merveille le labyrinthe dans lequel Lynch a plongé ses spectateurs. Une vaste construction aussi sublime que foutraque dans laquelle on est forcément tenté de trouver un sens. On en vient à étudier toutes les hypothèses, y compris les plus farfelues, en échafaudant des théories sur des détails. Twin Peaks nous pousse à tout analyser. Mais la série plonge son spectateur dans un brouillard si épais que la décoder est un exercice plus proche de la métaphysique que de l’enquête.

Tout est lapin en chocolat, tout est insignifiant et important.

Interrogation récurrente de la série : we all live inside a dream… but who is the dreamer ? Cette phrase a provoqué des délires interprétatifs sans fin, à savoir : si la série n’est qu’un rêve, quel personnage est le rêveur ? J’apporte ma pierre à l’édifice : et si le seul rêveur c’était le spectateur lui-même ? Ce qui se déroule à l’écran n’est peut-être pas si important que celui qui la regarde et tente de l’interpréter. Qui es-tu, toi qui cherches à percer ces mystères ? Et que révèle sur ton inconscient la façon dont tu comprends Twin Peaks ?

Is it about the bunny ?

Nick


On ne dira jamais assez à quel point les deux premières saisons de Twin Peaks furent un choc. La série apporta la preuve que la télévision pouvait offrir aussi bien que le cinéma sinon mieux. Le show a marqué toute une génération et les séries des années 2000 et d’aujourd’hui lui doivent beaucoup : Les Sopranos, Desperate Housewives, Lost, Dark, True Detective ect…

Ce qui scotch dans Twin Peaks c’est son ambiance unique. La réalisation folle de Lynch (ce plan sur le téléphone dans l’épisode pilote… J’en frissonne encore) alliée aux personnages très typés joués par des acteurs époustouflants donne un OVNI télévisuel. Rajoutons à cela la musique magnifique et hypnotique d’Angelo Badalamenti et on obtient ce qui peut aisément concourir au titre de meilleure série de tous les temps. Le génie de Lynch fut d’y injecter juste ce qu’il faut de sa patte, sans partir dans tous les sens, pour rendre ce soap, doublé d’une intrigue policière, intéressant au possible.

Les codes de ces genres sont repris, déformés, des éléments dont seuls Frost et Lynch ont le secret sont ajoutés. Les expérimentations de Lynch, la qualité des intrigues à tiroir, l’enquête qui se transforme au fil de la série en une plongée au cœur de la folie et de l’inconscient, sont autant d’atouts qui font qu’on ne sort pas indemne de la vision de cette série.

Lynch n’a réalisé que quelques épisodes, ceux regorgeant de sauvagerie et de surnaturel, peut être les plus importants. Pourtant les autres, souvent confiés à des réalisateurs issus de son école, ne sont pas en reste et ne détachent aucunement. Twin Peaks c’est l’endroit où la folie côtoie la rationalité, l’absurde la tristesse, le fantastique se mélange à la banalité d’un soap. La série se paie même le luxe de se parodier elle même sur ce point avec Invitation to Love.

Lorsqu’on regarde ces deux premières saisons on peut quand même avoir un petit regret. Les producteurs craignant que les spectateurs finissent par se lasser de cette étrangeté obligent Lynch à dévoiler un secret important à la fin de la première partie de la saison 2.  Cela impactera la deuxième moitié qui s’en trouvera moins oppressante et moins prenante. Heureusement, le maître revient à la réalisation pour le dernier épisode et délivre la fin parfaite, celle dont on ne pouvait rêver tant elle clos magnifiquement une série qui a été au plus haut presque tout du long.

Il est encore trop tôt pour dire si la troisième saison, sortie cette année et intitulée The Return, marquera autant que la série originelle. Pour le moment on ne peut que remercier Lynch de nous avoir livrer exactement ce qu’il avait en tête. A la vision des nouveaux épisodes le constat est sans équivoque : aucune concession n’a du être fait et le résultat à l’écran doit véritablement être celui que Lynch souhaitait. Rarement, aussi, on aura vu un créateur aussi proche de son public pour une oeuvre télévisuelle. Tout au long de cette troisième saison Lynch se joue de nous, nous induisant constamment en erreur, nous délivrant des petites madeleines de proust avant de nous infliger des plans obscures ou expérimentaux. Qui aurait pu croire qu’en 2017 un épisode comme Got a Light ? (épisode 8) puisse passer sur une chaîne telle que Showtime en prime time ? Lynch l’a fait. Et comme pour la série originelle la fin de cette saison impose une seule réaction : « Ah le petit salaud… »

Sometime ideas, like men, jump up and say ‘hello’.

Barlba

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