20th Century Boys – Naoki Urasawa

Jusqu’au 31 mars 2018 la ville de Paris expose Naoki Urasawa à l’Hôtel de Ville, après un passage au festival d’Angoulême, où sa série 20th Century Boys a reçu le prix de la meilleure série en 2004. La série s’installe dans le panthéon du 9ème art grâce à une narration maîtrisée, un sens du rythme inégalé, des personnages attachants et des messages captivants.

Synopsis
1969 : Un groupe d’enfants se retrouve régulièrement sous l’impulsion de Kenji Endô. Ils inventent une histoire de science-fiction, racontant la destruction de l’humanité par une organisation maléfique, à laquelle ils s’opposent pour sauver le monde. Cette histoire est consignée dans un Cahier de Prédictions.
1997 : Après le suicide de Donkey, un des enfants du groupe, Kenji, devenu depuis gérant d’un konbini, découvre que les prédictions que lui et les autres enfants avaient imaginées se réalisent une à une. Kenji arrivera-t-il à empêcher la fin du monde qu’ils avaient annoncée dans leur cahier pour le 31 décembre 2000 à minuit ?

Définitivement installé comme un maître du manga avec sa série précédente, Monster, Urasawa signe avec 20th Century Boys un thriller ultra-efficace avec une science du rythme et du suspense sans égal. La série est un véritable page turner. On sent l’ombre d’Alfred Hitchcock ou Brian De Palma autant dans la narration que dans la construction des planches. L’ambiance est à la fois étouffante et prenante, il est difficile de s’en extraire une fois qu’on est lancé.

Le mangaka effectue aussi un travail dantesque sur les interactions entre les personnages. Leur évolution est maîtrisée et il n’hésite pas à les faire changer tant physiquement que psychologiquement, en fonction de leurs histoires. Un point d’autant plus notable que la galerie de protagonistes est bien fournie. L’utilisation de flashbacks et d’ellipses permet de multiplier les points de vues sur un même événement, avec un ressenti différent selon les personnages. Le thème de la mémoire prend une place importante et explique les motivations de chacun.

20th_Century_Boysperso

Le récit est non manichéen et l’auteur semble attaché à nous faire comprendre pourquoi les antagonistes agissent ainsi. Il déclare d’ailleurs :

« Chaque héros ou super-héros pense qu’il a raison. Même les méchants ne pensent pas qu’ils sont méchants. Ils font leurs méchancetés en pensant que c’est juste. C’est pour cette raison que je m’intéresse à comment un être humain bascule dans le mal. » BFM TV

20th Century Boys est également une œuvre d’anticipation forte en pointant de nombreux travers de nos sociétés contemporaines, dont l’utilisation du populisme pour manipuler les masses. Si vous n’arrivez pas à croire que le plan d’AMI puisse se réaliser, pensez à la récente élection de Trump à la tête des Etats-Unis… Des revendications qui peuvent s’expliquer par la jeunesse de l’auteur, passée dans le contexte tendu des années 70 avec les attentats de l’Armée Rouge. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le sujet, on vous conseille le long et glaçant United Red Army.

« Ces événements m’ont fait réfléchir et m’ont évidemment influencé. En même temps, à chaque fois que j’entendais des nouvelles de ces événements, j’avais toujours un point d’interrogation dans ma tête. C’est ce point d’interrogation que je veux montrer dans mes œuvres ».

Si l’action se déroule au Japon, on sent que cela pourrait se passer n’importe où. Urasawa est très ouvert sur la société occidentale, à travers le rock notamment. Le titre de la série renvoie à une chanson de T-Rex et contient un hommage à Robert Johnson. L’auteur confie volontiers être un fan de Bob Dylan et son amour pour la bande dessinée franco-belge, Métal Hurlant et Moebius. Cela se ressent graphiquement, avec les personnages cartoon qui se détachent des décors aux mille détails, rappelant les lignes claires d’Hergé.

L’influence principale reste cependant les maîtres du manga Osamu Tezuka et Katsuhinro Otomo (connu pour Akira). Urasawa adaptera d’ailleurs par la suite Astro, Le Petit Robot de Tezuka dans sa série Pluto, de façon personnelle et mature, tout en respectant l’œuvre de son mentor.

Difficile de ne pas voir dans le personnage principal, Kenji, une sorte de symbole idéaliste de l’auteur lui-même. Un artiste qui veut changer le monde à coup de crayons et de musique puisque Urosawa est également musicien et qu’il a organisé des concerts de charités après la catastrophe de Fukushima.

Tous ces points font de 20th Century Boys une oeuvre poignante et maîtrisée qu’il faut avoir lu au moins une fois, sinon plus, chaque relecture apportant son lot d’explications supplémentaires, de détails qui nous avaient échappés.

20th plan

On terminera par quelques idées d’écoutes pour accompagner la lecture, avec du rock made in Japan façon 70’s :

Kikagaku Moyo : On commence avec un groupe tout à fait actuel, mais qui reproduit à merveille la musique des anciens. A voir sur scène !

Love Live Life + One : leur album Love Will Make A Better You mélange rock, psychédélisme, free jazz et funk pour un résultat au top !

Angel’in Heavy Syrup : groupe des années 90’s composés de quatre japonaises qui nous livrent des longues jams enfumées dans l’esprit du Grateful Dead ou du Pink Floyd des débuts.

Flower Travellin Band : ils ont commencé en faisant des reprises de morceaux psychés occidentaux, avant de proposer leur propres compositions, puis d’exploser dans des effusions de saturations avec un hard rock sauvage…

Far East Family Band : Un des rare groupe capable de vous emmener dans des contrées opiacées, lointaines et enfumées sans prise de drogue. La première mouture du goupe, intitulé Far Out est hautement recommandé également.

Sundays & Cybele : groupe actuel comparable à Kikagaku Moyo.

Acid Mothers Temple & The Melting Paraiso U.F.O : un groupe culte !

Les Rallizes Dénudés : groupe rock sans concession, où la maigre qualité des enregistrement participe à l’effet trip. Leur bassiste d’origine, Moriaki Wakabayashi, participera au détournement avorté d’un avion de ligne vers la Corée du Nord avec des membres de l’Armée Rouge.

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