David Peace Yorkshire

David Peace – le quatuor du Yorkshire

C’est pour tout ce que tu m’as fait faire,
tout ce que tu m’as fait voir,
pour toutes les queues que j’ai sucées
et toutes mes nuits sans sommeil,
pour les voix qui résonnent dans ma tête
et le silence de la nuit,
pour le trou que j’ai dans la tête
et les cicatrices que j’ai dans le dos,
les mots qui sont sur ma poitrine,
pour le jeune garçon
et les jeunes garçons qui ont vu,
pour les petits garçons que tu as baisés
et leurs papas qui aimaient regarder,
leur appareil photo à la main
et leur queue dans mon cul,
ta langue dans ma bouche
et tes mensonges dans mon oreille…

Un extrait qui donne le ton.

Les quatre romans de la saga du Yorkshire de David Peace (1974, 1977, 1980 et 1983) sont très comparables aux livres de James Ellroy. Sous une forme de polars palpitants, il procède à une radiographie poussée et repoussante d’une société de violence à la dérive, pourrie jusqu’à l’os. Les romans de David Peace sont radicalement noirs et pessimistes. L’influence d’Ellroy est omniprésente, Peace échangeant les frasques de Los Angeles, contre l’ambiance brumeuse et désespérée du Yorkshire (la région de Leeds, où il est né).

Sous nos yeux : des petits braqueurs, des flics honnêtes et des flics pourris, des politiques corrompus, des ados en perdition, des avocats drogués, des mères éplorées, des hommes absents, des journalistes en quête du scoop, des enfants qui disparaissent, des revues pornos qui s’échangent sous le manteau, des hommes d’affaires véreux, des prostituées qui veulent changer de vie, des prostituées éventrées, des prostituées amoureuses, la pluie qui tombe sur les maisons de brique, le feu qui ravage les camps de Roms.

Une trame narrative puissante qui rendra fous la plupart des protagonistes qui décident d’ouvrir les yeux. Dans ce tourbillon, David Peace réussit néanmoins à créer des personnages attachants, Edward Dunford, le trop jeune journaliste, ou encore Peter Hunter, le flic trop honnête.

L’écriture est torturée, saisissante, remarquable. Elle prend aux tripes. La forme est brutale, hachée, aussi violente que le récit. Dans 1983 on suit plusieurs personnages qui disposent chacun d’un style d’écriture nous permettant de savoir dans quelle tête nous nous trouvons. L’approche est intime, le lecteur est confronté aux démons de l’esprit et du corps des personnages, à l’incohérence de la pensée, à l’impossibilité de formaliser l’horreur et le désespoir.

Au-delà de nos préférences littéraires, que l’on apprécie la série noire ou non, la lecture de David Peace est une expérience aussi déconcertante qu’indispensable. David Peace conduit sans compromis une fascinante exploration de la noirceur de l’âme humaine.

David Peace Yorkshire

Une adaptation de la saga a été produite par la BBC sous le nom The Red Riding Trilogy (dont les images de cet article sont extraites) composée de trois téléfilms, un des romans ayant été mis de côté. On y retrouve l’ambiance des romans, sous une version très édulcorée. L’adaptation de la BBC reste cependant intéressante et portée par d’excellents acteurs (notamment Andrew Garfield extraordinaire dans l’un de ses premiers rôles). Encore sans doute un rapprochement avec Ellroy : ce type d’oeuvre psychologique est très difficile à adapter à l’écran. Les décors et l’ambiance générale sont malgré tout bien rendus.

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