Mindhunter, des flics et des psychos

Avec Mindhunter, je m’interroge sur notre capacité à comprendre l’autre, celui qui ne pense pas comme nous.

1975. Entre documentaire et fiction, Mindhunter raconte l’irruption de la psychologie et du profilage dans un FBI sclérosé et dépassé face à la recrudescence de la violence aux Etats-Unis. En se basant sur des personnages réels, tant du côté des flics que des tueurs en série, la série fait s’opposer deux mondes : les flics-à-la-papa et procureurs prompts à demander la peine de mort face à une nouvelle génération qui s’attache à comprendre les assassins pour mieux les reconnaître.

Après Seven, Zodiac ou encore Millenium, David Fincher poursuit avec Mindhunter son exploration de l’esprit criminel. Mais là où Seven était hypnotique et flamboyant, cette nouvelle série diffusée en 2017 sur Netflix propose une approche froide et presque scientifique, du point de vue d’un jeune agent du FBI qui tente désespérément de comprendre, de toucher le tourbillon vertigineux de la folie. Jonathan Groff est particulièrement attachant dans son rôle de jeune gars qui découvre la vie, la sienne bien rangée, et celle de psychotiques dont il va volontairement à la rencontre.

La série montre aussi toute l’opposition de la société conservatrice à ces recherches novatrices. Pour eux, ces recherches ne font que trouver des excuses et amoindrir la gravité des actes.

David Fincher a fait le choix d’explorer l’âme de criminels bien réels, allant jusqu’à reprendre mot à mot les interviews d’époque. Cameron Britton, totalement inconnu jusqu’ici, crève l’écran dans le rôle de l’un d’entre eux, Ed Kamper, dès les premiers épisodes (à voir absolument en VO).

Cette saison 1 (une 2e est en production) est rafraîchissante dans la mesure où on n’y verra pas une arme. Elle développe un rythme lent – parfois trop, à l’image de son générique un peu plat. On la suit non par l’habituelle tension d’un thriller mais par intérêt pour la recherche menée par le FBI. Mindhunter aurait été parfaite si elle avait réussi à mêler plus étroitement cette histoire factuelle avec un arc narratif plus présent. David Fincher a eu quelques difficultés à choisir entre analyse psychologique, fiction historique et série policière. Le style en est un peu bâtard.

A une époque où notre société est confrontée à un terrorisme qu’elle ne veut ou ne peut comprendre, David Fincher replace une réflexion très contemporaine dans toute sa portée historique. Faut-il chercher à explorer ce qui a pu les conduire là, ou se contenter de condamner, parce que, pour citer un ancien premier ministre, « comprendre c’est déjà vouloir excuser » ?

Mais dans quelle mesure peut-on seulement comprendre sans perdre pied ? Et si comprendre est possible, comment, non pas excuser, mais expliquer à des personnes meurtries qui réclament vengeance ? La société veut-elle seulement savoir comment elle a pu produire de tels monstres ?

La réflexion se poursuivra certainement dans la prochaine saison.

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